Assistant.e.s d’éducation : nous ne sommes pas des pions !

Une grève ne se décrète pas en appuyant sur un bouton. Le plus souvent, y compris dans le cadre d’un appel national, c’est bien la situation concrète qui conduit salarié.e.s ou agents de la fonction publique à prendre part au mouvement.

En tant qu’emplois précaires de droit public, les assistant.e.s d’éducation sont clairement une catégorie de personnels à la jonction entre revendications du secteur public et du secteur privé.

Les ordonnances Macron sont un nouveau coup, d’une violence anti-sociale historique, contre les conquis sociaux, le droit du travail et les protections collectives. Cette contre-réforme ne sera pas la dernière du quinquennat, en tout cas dans l’agenda du pouvoir. Elle s’inscrit dans une dynamique de « flexibilisation » du « marché du travail » selon la novlangue libérale, engagée depuis plusieurs années, et qui a justifié l’an dernier la mise en place de la loi dite « Travail ».

Mais pour les travailleurs/euses, les privé.e.s d’emploi et la jeunesse, ces reformes constituent des attaques violentes, dans l’intérêt exclusif du patronat au nom de l’« activité économique ». C’est une condamnation à la Précarité à Durée Indéterminée.

Assistant.e.s d’éducation, quel que soit notre âge, que nous soyons étudiant.e.s ou en transition professionnelle, que nous ayons ou non un projet pour la suite, dans ou hors de la fonction publique et de l’éducation nationale, ces réformes signifient encore la réduction des perspectives d’avenir et de la possibilité d’aboutir à un emploi stable. Notre profession étant marquée par sa courte durée et son instabilité (les AED ne peuvent assurer cette fonction que 6 ans, et ne sont jamais assuré.e.s du renouvellement de leur contrat d’une année à l’autre, soumis.e.s à l’arbitraire des choix des chefs d’établissements et des équipes de direction), pour chaque AED, la question de l’avenir professionnel est centrale.

Les attaques menées contre les travailleurs/euses du secteur privé ne doivent d’ailleurs pas faire oublier que corrélativement, la fonction publique est violemment mise en cause par les choix politiques en cours.

En cela, les coupes budgétaires prévues tout au long du mandat annoncent la couleur, et les précaires de l’éducation nationale ne semblent pas encore assez précaires pour le gouvernement. En effet, alors que nous faisons face à un manque cruel de moyens matériels et humains, et à des sous-dotations permanentes, après la suppression des contrats aidés, la petite musique qui dit qu’il faudrait remplacer des contrats ou palier aux manques par des… services civiques… commence à se faire entendre de plus en plus fort.

Pourtant, un engagement civique n’est pas un emploi, et il n’ouvre pas droit à un salaire, mais à une indemnité intolérablement basse. Nous savons que des structures publiques s’arrangent allégrement avec la législation, et il est urgent de dire stop ! Non, des services civiques ne peuvent pas remplacer des contrats dans les établissements, au mépris des besoins de personnels formés et des conditions sociales de ces personnes. Il est ainsi tout à fait insupportable d’entendre des chefs d’établissement envisager l’embauche de services civiques pour l’entretien du parc informatique d’un lycée, ou pour assurer la surveillance : ce qui est le métier des AED !

Après la grève de la fonction publique du 10 octobre, les AED ne se mobilisent donc pas sur une simple revendication d’abrogation des ordonnances travail, mais sur une logique globale, celle de mettre un coup d’arrêt à l’austérité et à la remise en cause de nos droits. La mobilisation que nous connaissons depuis la rentrée exprime un besoin d’être entendu.e.s, et de porter un ras le bol lié aux conditions de travail, au statut, et aux moyens.

Malgré les difficultés financières, la précarité de leur situation, nombreux/euses sont les AED qui depuis le début de l’année ne renoncent pas, au prix de sacrifices. Nombreux/euses sont aussi celles/ceux qui, dans l’impossibilité économique de faire grève, soutiennent leurs collègues et refusent de contribuer, malgré ce que leur demande leur hiérarchie, à briser la grève.

Il est plus qu’urgent de rappeler au ministère et aux chefs d’établissement que nous avons des droits et que nous comptons les faire respecter. Rappeler par exemple qu’un chef d’établissement qui fait remplacer un AED en grève prend une décision illégale, y compris lorsqu’il la justifie par une interprétation bien singulière de la continuité du service public, mettant de fait en place un service minimum qui n’existe pas dans l’enseignement secondaire. Ceci est arrivé à l’internat de la Cité scolaire Albert Londres lors de cette journée de grève, et le SNES-FSU n’entend pas laisser cette pratique attentatoire au droit de grève se reproduire.

Nous le redisons, les AED sont des acteurs/trices à part entière de l’équipe éducative, et nous nous battons pour qu’ils/elles soient considéré.e.s comme tel.le.s. Les AED, engagé.e.s dans la mise en œuvre de leur mission, refusent d’être considéré.e.s comme des pion.n.e.s ! Nous n’avons pas vocation à être de simples exécutant.e.s de décisions comptables ou bureaucratiques, nous voulons être acteurs/trices de la réussite de tou.te.s. Pour cela, il faut des moyens humains et matériels supplémentaires, de meilleures rémunérations, et la sécurisation de nos contrats. Il faut également rappeler nos missions, qui sont encadrées par la législation et par notre contrat. Nous refusons de nous satisfaire d’être des agents corvéables à merci dont on ne demande jamais l’avis, la 5e roue du carrosse de l’enseignement et du service public d’éducation. Les AED ont une expérience, et dès lors une expertise qui doit être prise en compte. Cela pose d’ailleurs la question de la mise en place d’une validation des acquis de l’expérience liée à notre fonction.

Dans les établissements, la grève des AED rappelle à toutes et tous que sans nous, lycées et collèges ne fonctionnent plus. Ce 16 novembre, au Lycée Albert Londres de Cusset, 10 AED étaient en grève sur un total de 15 habituellement en service le jeudi, et les 3 vies scolaires de l’établissement étaient fermées.

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