Mois: juillet 2017

Absurde et dangereux

Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire sous le précédent gouvernement, avait prévenu : s’il est « difficile de contrôler systématiquement l’acquisition des connaissances (…) nous pouvons faire en sorte que des sujets liés à la défense soient régulièrement posés aux examens ». Nous voilà servis avec le sujet du brevet 2017 qui, à défaut de donner une image réaliste des acquis des élèves à la fin du collège, servira à vérifier que ces derniers ont bien intégré le catéchisme militariste que les enseignants ont été chargés de leur transmettre dans le cadre du protocole « école-armée » et de l’enseignement moral et civique.

Le document choisi est un texte de l’IFRAP, officine ultralibérale représentée dans les médias par Agnès Verdier-Molinié, financé en grande partie par l’argent public (il s’agit d’une association loi 1901) et qui promeut toujours moins d’intervention de l’État, toujours plus d’économies dans les services publics. Ce texte est prétexte à montrer que les militaires viennent en renfort lors de catastrophes naturelles sur le sol français. Comment en est-on arrivés à une telle source sur un tel sujet ? Y a-t-il un message subliminal ? N’importe quel article de la presse locale aurait pu servir au vu des questions qui sont posées sur ce document.

La dernière question, dite « question impliquante » (sic) est censée montrer la capacité de réflexion et d’argumentation de l’élève sur un sujet d’EMC. Ce dernier est amené à s’imaginer représenter la France au sommet de l’Union Européenne et rédiger une note sur une opération de l’armée française.

(Cette méthode du « scénario » dont les élèves ont soupé toute l’année, est censée les motiver à produire des textes ou des travaux. Sauf que ces derniers ne sont pas bien dupes longtemps et comprennent vite le stratagème en occultant la petite histoire amusante derrière laquelle on tente de cacher le… oserons nous le dire… TRAVAIL qui leur est demandé. Quant aux élèves en difficultés, ils s’égarent dans cette consigne à rallonge et comprennent encore moins ce que l’on attend d’eux.)

Mais revenons-en au plus grave, la consigne demande à l’élève qui passe son brevet de « monter en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne ». On ne lui demande pas son avis hein, des fois que (horreur !) il puisse en avoir un. Il est sommé d’argumenter une affirmation, pour le moins contestable par de multiples exemples (quelles valeurs l’armée française a-t-elle défendues en Lybie ? Au Rwanda ? En Centrafrique ? ) et même par principe : penser que l’armée sert à défendre des valeurs c’est avoir la même vision que les néoconservateurs américains qui ont prétendu pouvoir imposer la démocratie au Moyen-Orient en bombardant les populations. Une armée défend, dans le meilleur des cas, les intérêts d’un pays, et plus souvent des intérêts financiers, industriels et pétrôliers (à moins que Total ne soit une valeur de la République ? ).

Ce sujet est absurde et dangereux. Les élèves n’auront bien souvent pas compris le sujet et on ne peut le leur reprocher. Ils sont les victimes inconscientes de débats qui les dépassent pour l’instant. Les enseignants d’HGEMC doivent se poser la question du sens qu’il y a à mettre une note sur de telles questions. Un appel national des syndicats serait bienvenu. Il y a mieux à faire en éducation civique au collège quand on voit aujourd’hui combien les institutions sont mal connues par les citoyens et les conséquences politiques que cela engendre.

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